Santé Publique

Dès les premières civilisations, les Hommes ont cherché à vivre sainement et ont combattu les maladies. Les définitions d’un mode de vie « sain » ainsi que les méthodes suivies pour l’atteindre ont évolué avec les cultures médicales, religieuses et philosophiques des communautés, mais aussi en fonction des ressources qui étaient à leur disposition et de l’évolution de leurs conditions de vie. Si certaines sociétés ont aujourd’hui la réputation de ne pas avoir été soucieuses ou attentives à l’hygiène4,5,6, c’est surtout parce que nos outils modernes (bio-indicateurs, outils immunologiques et statistiques) ne permettent pas l’étude des réponses que ces sociétés ont apporté aux risques sanitaires.

La santé publique n’est en aucun cas née en Europe et n’émerge pas non plus dans le sillage de la révolution industrielle. Des mesures préventives liées aux risques sanitaires sont attestées dans presque toutes les communautés qui ont laissé une trace dans l’histoire. En Asie du Sud-Est par exemple la médecine Ayurvédique, et par la suite le bouddhisme, a préconisé l’adoption de régimes alimentaires, de conduites sexuelles et de modes d’organisation des activités qui devaient permettre d’atteindre l’équilibre, tant au niveau individuel que communautaire. Cette notion d’équilibre est également très présente dans la médecine traditionnelle chinoise7,8. De nombreuses cités établies par les civilisations précolombiennes d’Amérique du Sud (comme les Mayas ou les Aztèques par exemple) ont développé des programmes sanitaires, qui prévoyaient par exemple l’organisation de marchés destinés à la vente d’herbes médicinales9. Chez les populations Aborigènes d’Australie, les techniques pour préserver eau et ressources alimentaires, le micro-zonage destiné à réduire la pollution et les risques d’incendie, ainsi que les écrans pour protéger les individus contre les mouches étaient courants, et ce même dans les campements temporaires10,11.

Les civilisations byzantines, islamiques et celles d’Europe de l’Ouest, qui ont généralement adopté un système médical Hippocratique, Galénique ou Humoral, ont également mis en place des programmes préventifs12,13,14,15. Ceux-ci ont été développés sur la base d’une évaluation de la qualité des climats locaux, et en tenant compte de la topographie, de l’exposition au soleil et au vent, de la qualité et de l’accès à l’eau ainsi qu’à la nourriture disponible pour les Hommes et les animaux. Un grand nombre d’auteurs de manuels médicaux, militaires, d’architecture, ou d’ingénierie ont expliqué comment appliquer ces idées à des groupes d’origines différentes et dans des contextes variés16,17,18. Les galénistes accordaient beaucoup d’attention à la prise en compte de cette variabilité car Galien considérait que la physiologie de l’individu était liée à l’environnement dans lequel il vivait, dont devait donc dépendre le régime préconisé19,20,21.

Dans les sociétés préindustrielles complexes, un grand nombre d’acteurs pouvaient prendre l’initiative d’intervenir afin de réduire les risques sanitaires. Ainsi dans l’antiquité grecque et romaine, les généraux de l’armée se préoccupaient du bien-être de leurs soldats même lorsque ceux-ci n’étaient plus sur le champ de bataille, en dehors desquels mourraient pourtant la plupart des combattants avant le XXe siècle22,23. Dans les monastères chrétiens de l’Est de la Méditerranée, et de l’Europe de l’Ouest, les moines et moniales suivaient, au moins depuis le Ve siècle, des régimes alimentaires stricts mais équilibrés, spécifiquement développés pour allonger leur espérance de vie24. Par ailleurs, les cours royales, princières et papales, qui étaient souvent mobiles, adaptaient également leur mode de vie aux sites dans lequel elles s’installaient. Ceux-ci étaient parfois choisis en raison de leur caractère salubre et pouvaient faire l’objet d’aménagements25.

En ville, la population était confrontée à de nombreux risques sanitaires bien identifiés, que citadins et gouvernants ont cherché à gérer en prenant des mesures au profit de l’ensemble de la communauté. Ce type d’interventions est le plus documenté pour les sociétés anciennes. Dans de nombreuses régions, l’entretien des infrastructures comme les routes, les canaux et les marchés, ainsi que les restrictions spatiales avaient explicitement pour but de protéger la santé des habitants et de combattre les menaces liées à la pollution, en présentant celle-ci comme le résultat de péchés, de l’intromission et de miasmes26,27,28,29,30,31,32.

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